Littérature générale·Toutes les chroniques

Les larmes de Satan – Gilles Milo-Vacéri

Après l’orphelinat où il subit le pire et dont il s’évade à seize ans. Après avoir échoué dans sa tentative de vouloir vivre honnêtement, en travaillant dur, tout en mourant de faim et de froid. Après avoir compris qu’il ne lui restait plus qu’à voler les riches pour survivre. Après une condamnation au bagne et aux travaux forcés à perpétuité pour un crime qu’il n’a pas commis, Antoine Boulan a de quoi en vouloir à la terre entière et haïr son prochain.

Pourtant quand la guerre éclate et que la France a besoin de braves, il n’hésite pas une seconde et espère racheter son passé trouble avec son engagement dans l’armée. La haine, la colère, la rancune qu’il porte en lui, Antoine les met au service de la patrie. Malheureusement, de retour à Dunkerque en pleine débâcle, il est grièvement blessé et demeure en terre occupée par les Allemands victorieux. Ce sera le début d’une aventure pendant laquelle il multipliera les actions d’éclat, les actes de bravoure et Antoine s’endurcira devant les horreurs perpétrées par les nazis. Sans être vraiment soldat ou déjà résistant, il devient, presque par hasard, un combattant émérite.

Malgré son passé mal assumé, Antoine poursuit la lutte et finit par intégrer l’un des premiers réseaux de résistants à Paris, qui prendra plus tard le nom de Groupe Opéra. Il en deviendra le chef, faisant preuve d’ingéniosité, de courage et trop souvent d’inconscience. Il y rencontrera la femme de sa vie, Alice de Louvres, une courageuse résistante qu’il admire et dont il tombe follement amoureux. La jeune femme ne tarde pas à porter leur enfant et pour Antoine, c’est l’aboutissement de toute une vie et un véritable bonheur. Il a atteint son but le plus secret !

Quand Alice est abattue devant ses yeux, Antoine voit tous ses espoirs disparaître en une seconde. La famille qu’il rêvait de construire, le pardon qu’il pensait avoir mérité, tout ce qu’il y avait d’humain, de bon et de vrai en lui, il n’en reste plus qu’un vaste champ de ruines.

Pour ne pas devenir fou, Antoine se jette, corps et âme, dans sa quête ultime, une croisade où il sème la mort sans attendre d’absolution, une guerre solitaire dont il n’espère plus aucun pardon, un voyage au bout de l’enfer qui le mènera jusqu’à Auschwitz – Birkenau…

Antoine trouvera-t-il sa rédemption ou est-ce que les atrocités de la guerre auront raison de sa bravoure et de ses principes ? Que trouvera-t-il au bout de son chemin, en marge de la guerre ? Quel prix devra-t-il payer pour retrouver une simple raison de vivre ?

Maison d’édition
VFB Editions

Appréciation personnelle

Je remercie les Editions VFB pour ce nouveau partenariat.

Après la mafia sicilienne dans « Lupo Rosso » et les cartels de drogue chinois dans « Stan », Gilles Milo-Vacéri a choisi la seconde guerre mondiale comme toile de fond de ce roman. A l’instar de Robert Merle qui relatait la vie d’un nazi responsable d’un camp de concentration bien connu dans « La Mort est mon métier », l’auteur s’est ici penché sur ce chapitre de l’histoire du point de vue de la résistance française, avec comme fil conducteur, Antoine Boulan, un homme torturé à qui la vie n’a rien épargné, sans cesse à la recherche de la rédemption. Car hormis la guerre contre les nazis, Antoine devra faire face à un ennemi beaucoup plus redoutable : lui-même.

L’auteur n’épargne au lecteur aucune atrocité perpétrée lors de cette sombre période. En effet, il dépeint avec un réalisme effrayant le débarquement de Normandie où Antoine fraichement enrôlé dans l’armée française aide à l’évacuation des blessés. Ensuite, le lecteur se trouve plongé au cœur de la résistance française et participe aux côtés d’Antoine, devenu résistant et de ses camarades aux diverses actions menées contre les nazis et la gestapo ainsi qu’au convoi de nombreux juifs fuyant en zone libre.

Si la résistance parvient à asséner des coups durs aux envahisseurs, l’inverse est également vrai. Hélas, la barbarie n’est jamais loin en temps de guerre. Des résistants sont capturés par la gestapo qui n’hésite pas à recourir à la torture pour faire parler leurs prisonniers. Les plus fort préféreront mourir plutôt que de vendre leur camarades, d’autres plus faibles craqueront à la suite des abominables supplices subis. Nombres de réseaux seront démantelés et leurs membres exécutés de sang-froid. C’est notamment suite à la dénonciation d’une personne collaborant avec l’ennemi que la compagne d’Antoine est assassinée sous ses yeux. Lui qui c’était enfin autorisé le pardon tant recherché perd la seule source d’amour qu’il n’ait jamais connu. S’en suit alors une véritable chasse à l’homme car le résistant s’est juré de tuer l’assassin.

Antoine pensait avoir tout vu de l’inhumanité nazi, mais sa soif de vengeance intarissable le mènera jusqu’en Pologne là où la barbarie humaine a atteint son paroxysme. Les charniers, les chambres à gaz, les fours crématoires, les travaux forcés, Giles Milo-Vacéri n’épargne rien de l’atrocité du tristement célèbre camp de concentration d’Auschwitz.

Personne n’ignore les atrocités perpétrées lors de la guerre 40-45 au nom de l’idéal fou d’un seul homme. Les Larmes de Satan est un récit bouleversant, où la peur, un sentiment d’injustice ainsi que de colère se mêlent à la tristesse et à un persistant sentiment d’impuissance face aux injustes épreuves que devra traverser Antoine dont la mort semble apprécier la compagnie.

C’est avec les larmes aux yeux que j’ai refermé ce livre que je qualifierai de meilleure lecture de cette année 2014.

Je remercie une nouvelle fois les éditions VFB pour cette découverte.

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